Le Gemme de Bulgari

5 juillet 2015 at 19 h 01 min

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Qui ne connaît pas la très belle marque de joaillerie Bulgari ? Récemment rachetée par le groupe LVMH, c’est donc tout naturellement que la marque, déjà active dans le parfum depuis 1992, vienne rapidement sur le terrain très convoité des parfums de niche ou plus récemment, en Haute-Parfumerie.

Tout commence en fin mai, lorsque sans prévenir, je reçois un message de l’agence de communication attitrée de la marque, me proposant de recevoir à mon domicile leurs nouveautés parfums. C’est donc avec honnêteté que j’adresse ma réponse, en précisant que je travaille essentiellement au niveau des marques de niches et de Haute-Parfumerie. Je profite également d’ajouter que si le produit fini ressemble à la gamme sélective, c’est un bien trop grand risque que de vouloir me faire parvenir la gamme.

Aucune réponse. 2 semaines plus tard, un colis. Ils sont là ! L’incroyable coffret destiné à la presse et aux critiques, accompagné d’un flacon Ashlemah. Je précise qu’aucune demande n’a été formulée de leur part pour que j’écrive un article.

En ouvrant ce coffret d’une qualité rare, ce sont 6 petites doses d’essai qui s’offrent à moi. Même surprise pour le flacon en forme d’amphore, d’un noir mat très agréable au touché, ainsi que pour la luminosité du cabochon, qui ne déçoit pas après la découverte de son emballage soigné, rappelant un coffret à bijou. Je le reconnais bien… Ce talent rare du groupe, à apprivoiser savamment l’oeil du client, qui ne cesse de vouloir mieux, en terme visuel.
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Je prends un plaisir caché à ouvrir chaque petite fiole, et découvrir leurs jus précieux. Il est vrai que je ne m’attendais pas à un tel luxe entre mes mains, de la part de Bulgari Parfum. La présentation, est sans aucun doute, complètement réussie. L’expérience est nouvelle et étonnante dans cette première étape.

Il y a toutefois une chose que je redoute, c’est mon seuil d’exigence, qui malheureusement, ne s’arrête pas à l’aspect visuel. Bien trop souvent, un magnifique travail autour du flacon / packaging peut parfois révéler une déception en terme olfactif, qui je le rappelle compte, notamment dans le choix de son parfum ! J’ajoute qu’ici, il coûte 350 CHF.

Bulgari Le Gemme, c’est donc, après quelques recherches sur le net, une gamme qui vient se hisser dans la très exigeante sphère de la Haute-Parfumerie. Sphère très respectée tant par les clients que par les acteurs du secteur. Une sphère dans laquelle, le jus représente la part la plus importante du travail. On peut également constater une uniformisation des flacons, un choix pour les matières premières nobles et nouvelles, dont la concentration frôle les 20%, voire les dépasse. De plus, les marques de ce niveau limitent voire opèrent une disparition quasi complète de leur présence marketing. Exit press inserts et autres plans médias.

Daniela Andrier signe ici les 6 fragrances. Une interview sur le net nous fera également voyager dans le luxe et la passion de son métier. Par ailleurs, elle signe dans son passé de très beaux jus de marques de luxe, mais en gamme sélective. Elle met donc à rude épreuve son nom, en s’affichant aux côtés d’une marque Haute-Parfumerie.

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Le voilà, le moment finalement tant attendu pour vous, et tant redouté pour moi, de vous donner un avis sur cette nouvelle gamme. Sans oublier tout le respect que je dois au travail respectable de chaque personne dans le développement d’un projet tel que celui-ci, je n’arrive pas à oublier à quel point le marketing des marques du puissant groupe, bien rôdé depuis le temps, oublierait de saisir sa part du Lion dans cette splendide affaire juteuse. Mon intégrité m’oblige à vous donner un point de vue honnête.

Tout d’abord, aucune des six fragrances ne dépassent la concentration de 15%, soit se limitant ainsi à l’appellation Eau de Parfum. La tenue sur la peau, tenant compte d’un pH entre 4-5, s’en fait par ailleurs ressentir.

Puis je découvre les fragrances, qui viendront stimuler les souvenirs olfactifs de mes années chez Sephora. Je découvre sous des « notes camouflages », les quelques best-sellers de la parfumerie sélective, remaniés évidemment pour ne pas rendre cela trop évident. Dior, Hermès, Chanel, Guerlain, et même Thierry Mugler. Les accords sont identiques, et j’aurais souhaité une création aussi audacieuse que pour leur savoir-faire premier, la joaillerie. Je découvre avec une fragrance juste pas assez concentrée pour nous emporter dans un voyage olfactif unique et de longue haleine.

Avec tout le respect que j’ai pour le travail du parfumeur, des équipes de développement produit, de marketing et de chef produit parfum, je regrette tout simplement de ne pas avoir vu davantage de prises de risques, d’avant-gardisme et de culot. A force de minimiser les risques, ces marques aux budgets colossaux n’honorent que très peu les risques encourus par les marques qui développent réellement un produit de Haute-Parfumerie.

En effet, à 350 chf les 100ml, le choix reste hésitant, surtout après l’essai sur la peau, qui peut, pour certains aficionados, être décevant.

Que cet article continue à hisser le niveau des acteurs de cette très belle industrie du parfum de niche, tout en rappelant aux consommateurs qu’ils ont le pouvoir de faire évoluer les habitudes des créateurs de rêves. Ces derniers ont malheureusement oubliés un peu trop souvent leur rôle de proposer un produit sain et honnête, à un client de plus en plus attentif…

En définitive, mes conseils sont de les découvrir, vous faire votre propre idée, et venir remettre à leurs places, mes rêves d’audace et de culture olfactive ! Surtout si vous ne pensez pas comme moi ! Je n’en serais que davantage ravi !

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Pour terminer sur une note positive, je tire mon chapeau pour la présentation du coffret de 6 petits étuis,  que je suggère de mettre en vente. En effet, il propose une très jolie présentation invitant le client à découvrir plus qu’une gamme de parfum, un univers où l’on retrouve l’élégance que la marque Bulgari nous a toujours présenté avec finesse, dans son univers joaillier.

 

Philippe K.